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Doua rupture du jeûne : texte arabe, traduction et moment exact

✍️ Par Fakhradine, Directeur de Tanger Institut et professeur de larabefacile.fr

Publié le 30 juillet 2026

Table de ftour marocain au Ramadan, dattes et verre de lait, lumière dorée
À l'heure de l'ifṭār, quand la gorge est sèche et le cœur s'allège : le moment de la doua rupture du jeûne

La doua rupture du jeûne (دُعَاءُ الإِفْطَار) est l'une des invocations pour les moments importants de la vie du croyant, au même titre que les supplications du mariage, de la naissance ou du voyage. Tu la prononces chaque soir au coucher du soleil, quand la journée de jeûne touche à sa fin, quand la gorge est sèche et que le cœur s'est allégé. Mais sais-tu vraiment ce que tu dis, et pourquoi ces mots précis ?

Deux dimensions font de cette doua bien plus qu'un simple rituel :

  • Une formule prophétique authentique : transmise avec une chaîne de narration vérifiée, portant des mots du Prophète ﷺ lui-même.
  • Un moment que la tradition tient pour privilégié : l'usage de multiplier les invocations à l'ifṭār est ancien et largement suivi, même si les hadiths qui le fondent sont discutés entre spécialistes. Nous verrons exactement ce qui est établi et ce qui ne l'est pas.

Dans cet article, on va décortiquer le texte arabe voyellé, t'expliquer chaque mot, te donner la phonétique, les sources exactes, le moment précis pour la réciter, et ce que les gens font souvent mal, même après des années de pratique. In sha Allah, à la fin de ta lecture, tu ne diras plus jamais cette doua machinalement.

En bref

La doua rupture du jeûne est la supplication prononcée au moment de rompre le jeûne, au coucher du soleil. La formule prophétique est : ذَهَبَ الظَّمَأُ وَابْتَلَّتِ الْعُرُوقُ وَثَبَتَ الْأَجْرُ إِنْ شَاءَ اللَّهُ.

Elle se traduit : « La soif est partie, les veines se sont abreuvées, et la récompense est établie, si Allah le veut. » Rapportée par Abū Dāwūd (2357) d'après Ibn ʿUmar, degré ḥasan.

Le moment couvre l'avant, le pendant et le juste-après de la première bouchée. Une seconde formule existe, pour celui qui rompt le jeûne chez des hôtes.

Qu'est-ce que la doua rupture du jeûne ?

Le mot doua (دُعَاء, duʿāʾ) vient du verbe دَعَا (daʿā) qui signifie « appeler », « convoquer », « invoquer ». Quand tu fais une doua, tu appelles Allah, comme on appelle quelqu'un dont on a besoin. Ce n'est pas une récitation mécanique, c'est un appel du croyant à son Seigneur.

La doua rupture du jeûne, ou دُعَاءُ الإِفْطَار (duʿāʾ al-ifṭār), est précisément la supplication que le Prophète ﷺ prononçait à l'heure où il rompait son jeûne. Ce n'est pas une invention tardive, ce n'est pas une tradition régionale : c'est une parole authentiquement transmise, que tu vas découvrir dans quelques instants.

Ce qui est extraordinaire, c'est que l'Islam n'a pas rendu obligatoire une formule unique et rigide pour ce moment. Il y a une formule prophétique principale, que nous allons étudier en détail, et une liberté immense pour invoquer Allah selon ce dont tu as besoin. Le moment est ouvert. Ce qui compte, c'est de ne pas le laisser passer en silence.

La racine arabe : ف - ط - ر

La racine ف - ط - ر (f - ṭ - r) indique, selon Ibn Fāris, l'ouverture d'une chose et sa mise au jour. Visuellement, c'est l'image d'une chose fermée qui s'ouvre, comme la graine qui fend la terre au printemps, comme l'horizon qui se déchire à l'aube. Le Coran emploie ce sens concret :

إِذَا ٱلسَّمَآءُ ٱنفَطَرَتْ

« Quand le ciel se fendra. »

Source : Sourate Al-Infiṭār (82:1)

الفَاءُ وَالطَّاءُ وَالرَّاءُ أَصْلٌ صَحِيحٌ يَدُلُّ عَلَى فَتْحِ شَيْءٍ وَإِبْرَازِهِ. مِنْ ذَلِكَ الفِطْرُ مِنَ الصَّوْمِ … وَمِنْهُ الفَطْرُ، بِفَتْحِ الفَاءِ، وَهُوَ مَصْدَرُ فَطَرْتُ الشَّاةَ فَطْرًا، إِذَا حَلَبْتَهَا. وَيَقُولُونَ: الفَطْرُ يَكُونُ الحَلْبَ بِإِصْبَعَيْنِ. وَالفِطْرَةُ: الخِلْقَةُ

al-fāʾu wa-ṭ-ṭāʾu wa-r-rāʾu aṣlun ṣaḥīḥun yadullu ʿalā fatḥi shayʾin wa-ibrāzih. min dhālika l-fiṭru mina ṣ-ṣawm … wa-minhu l-faṭru, bi-fatḥi l-fāʾ, wa-huwa maṣdaru faṭartu sh-shāta faṭran, idhā ḥalabtahā. wa-yaqūlūna : al-faṭru yakūnu l-ḥalba bi-iṣbaʿayn. wa-l-fiṭratu : al-khilqa.

« Le fāʾ, le ṭāʾ et le rāʾ : une racine saine qui indique l'ouverture d'une chose et sa mise au jour. De là vient al-fiṭr, la rupture du jeûne … De là vient aussi al-faṭr, avec fatḥa sur le fāʾ, nom d'action de faṭartu sh-shāta : « j'ai trait la brebis ». On dit que al-faṭr, c'est la traite à deux doigts. Et al-fiṭra, c'est la constitution originelle. »

Source : Ibn Fāris (m. 395 H), Muʿjam Maqāyīs al-Lugha, entrée فطر. Le dernier segment (« et al-fiṭra, c'est la constitution originelle ») est restitué par l'éditeur d'après al-Mujmal, autre ouvrage d'Ibn Fāris.

C'est exactement cette racine qui donne les mots suivants :

Mot arabeTranslittérationSens
فِطْرfiṭrrupture du jeûne ; aussi : la nature primordiale de l'homme
إِفْطَارifṭārl'acte de rompre le jeûne (le repas du soir)
فِطْرَةfiṭrala nature innée de l'être humain, créée pure
فَطَرَfaṭarail a créé, il a fendu
فُطُورfuṭūrle petit-déjeuner (au Maghreb et en Orient)

Vois-tu le lien ? Rompre le jeûne, c'est fendre la clôture du jeûne. Et la fiṭra, c'est ce qu'Allah a fait surgir en l'homme au commencement : la même racine dit le fendage et l'origination, parce qu'en arabe créer, c'est faire jaillir une chose là où il n'y avait rien.

Le Coran utilise cette racine dans un verset fondateur :

فَأَقِمْ وَجْهَكَ لِلدِّينِ حَنِيفًا ۚ فِطْرَتَ ٱللَّهِ ٱلَّتِى فَطَرَ ٱلنَّاسَ عَلَيْهَا ۚ لَا تَبْدِيلَ لِخَلْقِ ٱللَّهِ ۚ ذَٰلِكَ ٱلدِّينُ ٱلْقَيِّمُ وَلَـٰكِنَّ أَكْثَرَ ٱلنَّاسِ لَا يَعْلَمُونَ

« Dirige donc ton visage vers la religion en pur monothéiste : telle est la nature originelle qu'Allah a donnée aux hommes en les créant. Nulle modification à la création d'Allah. Voilà la religion droite, mais la plupart des gens ne savent pas. »

Source : Sourate Ar-Rūm, 30:30

Un mot sur la forme : إِفْطَار (ifṭār) est le nom d'action de أَفْطَرَ, sur le schème إِفْعَال (ifʿāl). Ibn Fāris l'atteste directement : يُقَالُ: أَفْطَرَ إِفْطَارًا، وَقَوْمٌ فِطْرٌ أَيْ مُفْطِرُونَ, « on dit : il a rompu le jeûne, rupture ; et un groupe fiṭr, c'est-à-dire des gens qui rompent le jeûne ». Le verbe décrit l'état de celui qui sort du jeûne. Quand il devient transitif, أَفْطَرَ الصَّائِمَ, il signifie tout autre chose : donner à un jeûneur de quoi rompre son jeûne. Deux emplois, deux sens, dans une seule forme.

La formule principale : texte arabe avec tashkeel

Voici la doua authentiquement transmise du Prophète ﷺ à la rupture du jeûne :

ذَهَبَ الظَّمَأُ وَابْتَلَّتِ الْعُرُوقُ وَثَبَتَ الْأَجْرُ إِنْ شَاءَ اللَّهُ

Translittération : Dhahaba ẓ-ẓamaʾu wa-btallati l-ʿurūqu wa-thabata l-ajru in shāʾa Llāh

Traduction : « La soif est partie, les veines se sont abreuvées, et la récompense est établie, si Allah le veut. »

Source : Rapporté par Abū Dāwūd (2357), al-Nasāʾī (al-Sunan al-Kubrā 3329 ; 3315 dans d'autres éditions), al-Ḥākim (1536), al-Bazzār (5395) et aṭ-Ṭabarānī (14097), d'après ʿAbdallāh ibn ʿUmar رضي الله عنهما, ḥasan selon Ibn Ḥajar, al-Dāraquṭnī, al-Albānī, Ibn Bāz, Ibn Qudāma et Ibn ʿUthaymīn

C'est la formule prophétique de référence pour celui qui rompt son propre jeûne, une seconde existe, que nous verrons plus bas, pour celui qui le rompt chez des hôtes. Le Prophète ﷺ en avait fait son habitude : le terme arabe utilisé dans les sources est كَانَ (kāna), qui désigne une action répétée et habituelle. Ce n'est pas quelque chose qu'il a dit une fois : c'est ce qu'il disait à chaque rupture du jeûne.

Décryptage mot à mot

ذَهَبَ الظَّمَأُ (dhahaba ẓ-ẓamaʾ), « La soif est partie »

Le verbe ذَهَبَ (dhahaba) signifie « partir, s'en aller » : la soif ne s'est pas atténuée, elle est partie. La formulation est franche et décisive. Et الظَّمَأُ (aẓ-ẓamaʾ), la soif intense, celle qui dessèche. Pas n'importe quelle gêne : l'épreuve réelle du jeûne.

Ce n'est pas une nuance de traduction : l'arabe classique hiérarchise la soif, et lui donne huit degrés distincts. Al-Thaʿālibī les a rangés dans l'ordre.

أَوَّلُ مَرَاتِبِ الحَاجَةِ إِلَى شُرْبِ المَاءِ العَطَشُ، ثُمَّ الظَّمَأُ، ثُمَّ الصَّدَى، ثُمَّ الغُلَّةُ، ثُمَّ اللُّهْبَةُ، ثُمَّ الهُيَامُ، ثُمَّ الأُوَامُ، ثُمَّ الجُوَادُ وَهُوَ القَاتِلُ

awwalu marātibi l-ḥājati ilā shurbi l-māʾi l-ʿaṭash, thumma ẓ-ẓamaʾ, thumma ṣ-ṣadā, thumma l-ghulla, thumma l-luhba, thumma l-huyām, thumma l-uwām, thumma l-juwād wa huwa l-qātil.

« Le premier degré du besoin de boire est al-ʿaṭash. Puis aẓ-ẓamaʾ. Puis aṣ-ṣadā. Puis al-ghulla. Puis al-luhba. Puis al-huyām. Puis al-uwām. Puis al-juwād, et celui-là tue. »

Source : al-Thaʿālibī (m. 429 H), Fiqh al-Lugha wa Sirr al-ʿArabiyya, chapitre « في تَرْتِيبِ العَطَشِ ».

Le jeûneur n'est donc pas au premier degré quand il dit ذَهَبَ الظَّمَأُ : il est au deuxième. Pas la simple envie de boire : la soif qui s'installe. La formule prophétique choisit le mot juste, ni en deçà ni au-delà.

وَابْتَلَّتِ الْعُرُوقُ (wa-btallati l-ʿurūq), « Et les veines se sont abreuvées »

La racine de ابْتَلَّ (ibtalla) désigne « être mouillé, humide ». Et الْعُرُوق (al-ʿurūq) ce sont les veines : les canaux par lesquels la vie circule dans le corps. L'image est physique et précise : tout le corps s'est réhydraté jusqu'aux vaisseaux.

وَثَبَتَ الْأَجْرُ (wa-thabata l-ajr), « Et la récompense est établie »

ثَبَتَ (thabata) signifie « être établi, ancré, fixé ». Ce n'est pas « la récompense arrivera peut-être » : la formulation exprime que l'ajr est déjà posé, déjà inscrit. C'est un acte de confiance dans la promesse divine.

إِنْ شَاءَ اللَّهُ (in shāʾa Llāh), « Si Allah le veut »

Ces trois mots finaux transforment tout. Ce n'est pas du doute : c'est de l'humilité. Le jeûneur reconnaît que l'acceptation de son acte appartient à Allah, pas à lui-même. C'est une posture de supplication déguisée en déclaration.

Homme musulman les mains levées en doua au moment du coucher du soleil, lumière chaude du Ramadan
Le moment de l'ifṭār : quand le cœur est humble et la supplication monte directement vers Allah

La doua pour celui qui rompt le jeûne chez des hôtes

Il y a une deuxième situation que beaucoup ignorent, et elle est belle.

Quand le Prophète ﷺ rompait le jeûne chez quelqu'un d'autre, il ne gardait pas la doua pour lui-même. Il l'offrait à ses hôtes, en guise de gratitude et de bénédiction :

أَفْطَرَ عِنْدَكُمُ الصَّائِمُونَ وَأَكَلَ طَعَامَكُمُ الْأَبْرَارُ وَتَنَزَّلَتْ عَلَيْكُمُ الْمَلَائِكَةُ

« Que les jeûneurs rompent le jeûne chez vous, que les pieux mangent de votre nourriture, et que les anges descendent sur vous. »

Source : Rapporté par Abū Dāwūd (3854), al-Nasāʾī (al-Sunan al-Kubrā 6901) et Aḥmad (12177), d'après Anas ibn Mālik رضي الله عنه, ṣaḥīḥ (Shuʿayb al-Arnaʾūṭ)

Cette invocation nous est parvenue sous deux formes également authentiques : وَتَنَزَّلَتْ عَلَيْكُمُ الْمَلَائِكَةُ, « que les anges descendent sur vous », et وَصَلَّتْ عَلَيْكُمُ الْمَلَائِكَةُ, « que les anges prient pour vous ». Les deux sont rapportées, les deux sont recevables. La variante avec وَصَلَّتْ est celle qu'an-Nawawī retient, en la déclarant de chaîne authentique. Une troisième voie, par ʿAbdallāh ibn az-Zubayr, est rapportée par Ibn Māja (1747) et Ibn Ḥibbān (5296).

Quand tu es invité chez ta famille ou tes amis pour l'ifṭār, cette doua est une sunnah sociale de l'Islam. Au lieu de dire simplement taqabal allah mina wa minkoum, tu peux aussi offrir à tes hôtes cette triple bénédiction : les jeûneurs, les pieux, les anges, tous convoqués en leur faveur.

Deux formules, deux contextes distincts. Elles ne se substituent pas l'une à l'autre : la première est pour toi, au moment où tu romps ton jeûne. La seconde est pour tes hôtes, quand c'est chez eux que tu manges.

Quand dire la doua rupture du jeûne : le moment précis et les erreurs courantes

C'est là que ça devient intéressant, et là où les gens se posent le plus de questions.

L'expression arabe des sources est عِنْدَ الإِفْطَار (ʿinda l-ifṭār) ou حِينَ فِطْرِهِ (ḥīna fiṭrih). Ces deux expressions, عِنْد et حِين, sont des particules temporelles à portée large en arabe. Elles ne signifient pas « exactement à l'instant T » : elles couvrent ce qui précède l'événement, ce qui l'accompagne, et ce qui le suit immédiatement.

Ce que cela signifie concrètement pour toi :

  • Avant de porter la datte à ta bouche : c'est un moment de doua. Tu es encore à jeun, ton état est celui du jeûneur, et c'est l'instant de la bascule.
  • Au moment même de rompre : c'est un moment de doua. Tu es entre les deux états.
  • Juste après : c'est encore un moment de doua, à condition que ce soit lié temporellement à l'acte de rompre, sans interruption longue.

Le consensus pratique est simple : si tu te demandes encore quand invoquer, fais-le avant, pendant et après la première bouchée. Tu couvres ainsi toutes les lectures de la fenêtre.

Ce qui est certain : ne laisse pas ce moment passer dans le bruit et le mouvement des préparatifs. Le repas peut attendre trente secondes. La doua mérite un instant de présence.

Réciter la doua de mémoire, sans présence de cœur. La formule sort automatiquement, comme on dit « bon appétit ». Or la doua est un appel : il faut que tu appelles vraiment. Tu arrives à l'ifṭār épuisé, assoiffé, humble : c'est exactement la posture d'où l'on invoque le mieux. Ne la gaspille pas en récitant machinalement.

La formule que presque tout le monde récite, et son statut réel

Si tu as appris une doua de rupture du jeûne dans ton entourage, il y a de fortes chances que ce soit celle-ci :

اللَّهُمَّ لَكَ صُمْتُ وَعَلَى رِزْقِكَ أَفْطَرْتُ

Translittération : Allāhumma laka ṣumtu wa ʿalā rizqika afṭartu

Traduction : « Ô Allah, c'est pour Toi que j'ai jeûné, et c'est de Ta subsistance que j'ai rompu le jeûne. »

Source : Rapporté par Abū Dāwūd (2358), Ibn al-Mubārak (az-Zuhd 1410) et al-Bayhaqī (8214), d'après Muʿādh ibn Zuhra, hadith mursal

Muʿādh ibn Zuhra n'est pas un Compagnon : c'est un Successeur. Il rapporte la parole du Prophète ﷺ sans nommer celui qui la lui a transmise. C'est ce qu'on appelle un hadith mursal : la chaîne est interrompue à son dernier maillon. Abū Dāwūd lui-même l'a classé comme tel : il le reprend dans son recueil des hadiths mursal, al-Marāsīl (n° 203).

Ce qu'en disent les savants

  • Ibn al-Mulaqqin (al-Badr al-Munīr 5/710) et Zakariyyā al-Anṣārī (Asnā al-Maṭālib 3/40) : « sa chaîne est ḥasan, mais il est mursal ».
  • Ibn Bāz : « sa chaîne est faible ».
  • Al-Albānī : « faible » (Ḍaʿīf Abī Dāwūd 2358 ; Irwāʾ al-Ghalīl 919).
  • Shuʿayb al-Arnaʾūṭ (takhrīj Zād al-Maʿād 2/49) : « mursal ».
  • Ibn ʿUthaymīn : « faible par son irsāl, mais il a un témoin qui le renforce peut-être ».
  • Ibn al-Qayyim, sur la version longue : اللَّهُمَّ لَكَ صُمْتُ وَعَلَى رِزْقِكَ أَفْطَرْتُ فَتَقَبَّلْ مِنِّي إِنَّكَ أَنْتَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ, rapportée par aṭ-Ṭabarānī (ad-Duʿāʾ 918) et Ibn as-Sunnī (480) : « elle n'est pas établie ».

Ce que cela veut dire concrètement : personne ne t'accusera de faute en la disant, et des savants la retiennent. Mais elle n'est pas au même rang que dhahaba ẓ-ẓamaʾ, qui est rapportée par un Compagnon avec une chaîne complète. Si tu ne devais en retenir qu'une, retiens celle-là. Et si tu tiens à dire l'autre, dis-la en sachant ce qu'elle est.

❌ Erreurs à éviter :

  • Remplacer la doua de l'ifṭār par d'autres formules générales. Le alhamdulillah est magnifique, et tu peux le dire en toute circonstance, mais il ne remplace pas la doua spécifique de l'ifṭār. Les deux ont leur place.
  • Réciter dhahaba ẓ-ẓamaʾ sans en saisir la profondeur symbolique. Si tu as jeûné dans un bureau climatisé, avec du travail calme, sans grande épreuve corporelle, la formule reste valide, mais invite ton cœur à en saisir aussi la dimension spirituelle : la soif intérieure, le manque, l'épreuve.
  • Attendre que le repas soit terminé pour faire la doua. Une fois la table débarrassée, ce n'est plus le moment de l'ifṭār. Ne le laisse pas passer en faisant circuler les plats.

Sources authentiques et la puissance du moment

On a vu la formule principale et sa source. Le degré ḥasan n'est pas le plus élevé (ṣaḥīḥ), mais il suffit pour l'action, et c'est là-dessus que s'accordent Ibn Ḥajar, al-Dāraquṭnī, Ibn Qudāma, Ibn Bāz, al-Albānī et Ibn ʿUthaymīn.

Toute la chaîne repose sur un homme : Marwān ibn Sālim al-Muqaffaʿ, qui la transmet à al-Ḥusayn ibn Wāqid. C'est de lui que dépend le jugement. Shuʿayb al-Arnaʾūṭ le résume ainsi : Ibn Ḥibbān l'a déclaré fiable, al-Dāraquṭnī et Ibn Ḥajar ont jugé son hadith ḥasan, et les autres rapporteurs de la chaîne sont des thiqāt. Là où Ibn ʿUthaymīn a exprimé des réserves, c'est sur une autre voie du même texte : celle qui remonte à Saʿīd ibn Jubayr sans passer par un Compagnon. Nous te le disons pour que tu saches d'où vient ce que tu récites.

Une question mérite d'être posée franchement, parce qu'elle revient partout : la doua de l'ifṭār est-elle spécialement exaucée ? La réponse honnête est nuancée.

Les hadiths habituellement cités pour l'établir sont ceux-ci. Le premier, d'après Abū Hurayra : « Trois voient leur invocation exaucée : le jeûneur jusqu'à ce qu'il rompe, l'imam juste, et l'invocation de l'opprimé », at-Tirmidhī (3598), Ibn Māja (1752), Aḥmad (8030). Le second, d'après ʿAbdallāh ibn ʿAmr : « Le jeûneur a, au moment de rompre, une invocation qui n'est pas repoussée », Ibn Māja (1753), al-Ḥākim (1535).

Les deux sont disputés. Ibn Ḥajar les tient pour ḥasan, al-Mundhirī écrit du premier que sa chaîne est « ṣaḥīḥ ou ḥasan ou approchante », Ibn Ḥibbān (3428) et Ibn Khuzayma (1901) l'ont retenu dans leurs recueils dits authentiques. Al-Albānī les affaiblit : il relève dans la chaîne du premier un Successeur inconnu, Abū al-Mudilla, et dans celle du second un rapporteur qu'al-Mundhirī lui-même déclare inconnu, Isḥāq ibn ʿUbaydillāh. Shuʿayb al-Arnaʾūṭ tranche au milieu : Abū al-Mudilla n'a été déclaré fiable que par Ibn Ḥibbān, mais le hadith a une autre voie qui en renforce l'essentiel.

Ce que cela change pour toi : rien à la pratique, beaucoup à la manière de la présenter. Invoquer Allah au moment de rompre le jeûne reste un usage ancien, suivi par des générations de savants, et parfaitement licite : le moment est de toute façon celui où le cœur est le plus humble. Mais on ne peut pas te promettre un exaucement garanti sur la base d'un texte contesté. La doua vaut par ce que tu y mets, pas par une mécanique.

La formule universelle : demander ce qu'on souhaite

Au-delà de la formule prophétique principale, la tradition islamique nous enseigne une chose précieuse : il n'y a pas de formule unique obligatoire. Le jeûneur peut invoquer Allah avec ce qui lui est facile et ce dont il a besoin, du bien de ce monde et de l'au-delà.

Le Prophète ﷺ lui-même avait une doua favorite, qu'il répétait plus que toute autre :

اللَّهُمَّ رَبَّنَا آتِنَا فِي الدُّنْيَا حَسَنَةً وَفِي الآخِرَةِ حَسَنَةً وَقِنَا عَذَابَ النَّارِ

« Ô Allah, notre Seigneur, accorde-nous le bien en ce monde et le bien dans l'au-delà, et préserve-nous du châtiment du Feu. »

Source : Rapporté par al-Bukhārī (6389), Muslim (2690), ṣaḥīḥ (authentique)

Note le اللَّهُمَّ رَبَّنَا en tête : c'est la forme rapportée par Anas comme l'invocation la plus fréquente du Prophète ﷺ. Une seconde version, sans رَبَّنَا, apparaît dans un autre contexte : celui du malade épuisé (Muslim 2688).

C'est une doua que tu peux ajouter à l'ifṭār sans hésiter. Elle couvre tout : la santé, le pardon, la réussite, la famille, l'au-delà. Ce n'est pas un hasard si c'était sa doua la plus fréquente : le Prophète ﷺ recherchait délibérément ce type de formule.

كَانَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ يَسْتَحِبُّ الْجَوَامِعَ مِنَ الدُّعَاءِ وَيَدَعُ مَا سِوَى ذَلِكَ

Translittération : kāna rasūlu Llāhi ﷺ yastaḥibbu l-jawāmiʿa mina d-duʿāʾi wa yadaʿu mā siwā dhālik

Traduction : « Le Messager d'Allah ﷺ affectionnait les invocations qui rassemblent, et laissait le reste. »

Source : Rapporté par Abū Dāwūd (1482) et Aḥmad (25151), d'après ʿĀʾisha رضي الله عنها, chaîne authentique (Shuʿayb al-Arnaʾūṭ, Ibn Bāz, al-Albānī)

Les جَوَامِع الدُّعَاء (jawāmiʿ al-duʿāʾ), ce sont les invocations qui rassemblent : peu de mots, beaucoup de demandes. Le terme n'est pas une invention de commentateur : il est dans le hadith lui-même. Et il y a une pratique de Compagnon qui va dans le même sens : Ibn Abī Mulayka rapporte qu'il entendait ʿAbdallāh ibn ʿAmr dire, au moment de rompre son jeûne : اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ بِرَحْمَتِكَ الَّتِي وَسِعَتْ كُلَّ شَيْءٍ أَنْ تَغْفِرَ لِي, « Ô Allah, je Te demande, par Ta miséricorde qui embrasse toute chose, de me pardonner. » C'est la parole d'un Compagnon, pas du Prophète ﷺ : à prendre comme un bel usage, pas comme une sunnah établie.

À l'ifṭār, après la formule principale, tu peux invoquer Allah avec tout ce que tu portes ce jour-là. Ta famille, ton travail, ta santé, les épreuves que tu traverses. Le moment est ouvert. Ne le referme pas trop tôt.

La valeur spirituelle de la doua à l'ifṭār

Pourquoi ce moment précis est-il si privilégié dans l'Islam ?

Pense à l'état du jeûneur qui arrive à l'ifṭār. Il a traversé une journée d'effort : physique, moral, spirituel. Il est épuisé. Il a faim et soif. Il a tenu. Et c'est exactement dans cet état d'humilité et de besoin que la doua monte différemment.

Dans la tradition islamique, l'invocation est la plus puissante quand le cœur est le plus proche de sa propre pauvreté. Quand tu sais que tu as besoin, vraiment besoin. Le jeûne crée cet état par définition.

Il y a aussi une dimension de reconnaissance. Tu as accompli quelque chose, une journée entière d'adoration. Et plutôt que de simplement manger, tu t'arrêtes une fraction de seconde pour reconnaître d'où vient tout : la force de tenir, la nourriture devant toi, la récompense promise. Cette reconnaissance est elle-même une forme de doua.

Apprendre l'arabe pour comprendre ce qu'on dit

Quand tu dis dhahaba ẓ-ẓamaʾ, est-ce que tu vois la soif qui part ? Est-ce que tu sens les veines qui s'hydratent ? Est-ce que tu comprends la récompense qui s'établit ?

C'est la différence entre réciter et dire. Et cette différence, elle vient de la langue.

À Tanger Institut, nos cours d'arabe à Tanger, et en ligne pour les francophones du monde entier, sont construits précisément pour ça : comprendre ce qu'on dit dans ses prières, ses invocations, ses lectures coraniques. Pas juste déchiffrer des lettres : comprendre. Sentir la profondeur du mot ثَبَتَ (thabata, « établi, ancré »), savoir pourquoi la racine ف - ط - ر relie le petit-déjeuner, la rupture du jeûne et la nature primordiale de l'homme.

L'arabe du Coran et de la Sunna est une langue à part : précise, imagée, vivante. Et une fois que tu commences à la comprendre, tu ne lis plus les textes arabes du Coran de la même façon. Tu habites ces mots.

Si tu veux faire ce pas, nous sommes là. Nos cours d'arabe à Tanger Institut sont faits pour les francophones musulmans qui veulent comprendre leur religion par la langue, pas seulement la pratiquer mécaniquement.

FAQ : Vos questions sur la doua rupture du jeûne

❓ Que signifie exactement « doua rupture du jeûne » ?

La doua rupture du jeûne, دُعَاءُ الإِفْطَار (duʿāʾ al-ifṭār), désigne la supplication que le croyant récite au moment où il rompt son jeûne, au coucher du soleil. C'est un moment d'invocation particulièrement recommandé dans la Sunna prophétique.

❓ Quand dit-on exactement la doua rupture du jeûne ?

Elle se dit au moment de rompre le jeûne, avant, pendant ou juste après la première bouchée ou gorgée. Les termes arabes utilisés dans les sources (ʿinda l-ifṭār, ḥīna fiṭrih) couvrent ces trois moments, à condition que l'invocation reste temporellement liée à l'acte de rompre.

❓ Comment s'écrit la doua rupture du jeûne en arabe ?

La formule principale est : ذَهَبَ الظَّمَأُ وَابْتَلَّتِ الْعُرُوقُ وَثَبَتَ الْأَجْرُ إِنْ شَاءَ اللَّهُ, rapportée par Abū Dāwūd (2357) et al-Nasāʾī (3329), degré ḥasan. Il existe aussi une doua pour celui qui rompt le jeûne chez des hôtes, rapportée par Abū Dāwūd (3854), al-Nasāʾī et Aḥmad.

❓ Peut-on dire une autre doua que la formule prophétique principale ?

Oui. La tradition islamique enseigne qu'il n'existe pas de formule unique et obligatoire pour l'ifṭār. Le croyant peut invoquer Allah avec ce qu'il souhaite, du bien de ce monde et de l'au-delà. La formule prophétique est recommandée, mais la doua libre est tout à fait licite et encouragée.

❓ Quelle est la différence entre la doua pour soi et la doua pour ses hôtes ?

Ce sont deux formules distinctes pour deux situations précises. La formule dhahaba ẓ-ẓamaʾ est récitée pour soi-même, quand on rompt son propre jeûne. La formule afṭara ʿindakum aṣ-ṣāʾimūn est récitée pour ses hôtes, quand on rompt le jeûne chez quelqu'un d'autre. Elles ne se remplacent pas l'une l'autre.

❓ Comment mémoriser la doua rupture du jeûne facilement ?

Commence par la phonétique : Dhahaba ẓ-ẓamaʾu wa-btallati l-ʿurūqu wa-thabata l-ajru in shāʾa Llāh. Comprends ensuite chaque morceau : la soif qui part, les veines qui s'hydratent, la récompense qui s'établit. Quand tu comprends ce que tu dis, la mémorisation vient naturellement. C'est exactement pour ça que comprendre l'arabe change tout.

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